- -- --- ----INFANTILIS---- --- -- -

Publié le par Gen'Seirin' Kokoro

                              Enfance d'une Âme Perdue... .. .

    Ceux qui me connaissent ont certainement déjà lu cette petite nouvelle que j'ai écrite il y a un moment. Ce texte retrace l'histoire d'Infantilis, une jeune femme au passé sombre et à l'avenir mystérieux. Cette écriture fut une expérience à part entière, puisqu'il a été assez difficile pour moi d'écrire en tant que personnage féminin, puisque je suis un garçon ! Au final, je ne sais pas si ces pensées pourraient être celles d'une femme, mais le résultat est celui que je désirais.

Maintenant préparez-vous, imprimez même cette page, préparez un petit casse-croûte et lancez-vous dans la lecture de ma première nouvelle : Infantilis, Enfance d'une Âme Perdue.

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Un ciel. Un ciel noir. Noir comme l’Oubli, noir comme le Néant.
Un ciel noir comme mon âme.
Telles les lueurs d’Espoir qui brillaient dans mon cœur, une myriade d’éclats parsemaient cette immensité d’obsidienne. Les étoiles luisaient de toute leur force, formant ça et là des constellations complexes et mystérieuses, filant parfois au travers des cieux comme une larme sur la joue d’un enfant. Au milieu du ballet céleste, une lune argentée laissait déposer un voile fantomatique sur les collines qui modelaient le paysage de cette froide nuit d’hiver.

Suivant les notes d’une mélodie taciturne, comme enchantées par le calme envoûtant de la nuit, des lucioles survolaient délicatement l’océan vert qui s’étalait à l’horizon, donnant une teinte bleuâtre aux arbres endormis. Ces lueurs nocturnes faisaient perler les gouttelettes des nappes de brume mystérieuses qui s’étaient emparées de la forêt depuis le crépuscule, déposant une infime rosée sur les feuilles tremblantes.
Tandis qu’un ruisseau s’écoulait ici dans un gémissement silencieux, un craquement retentissait là, entre deux arbres, au cœur des fourrés, dans l’ombre la plus totale. Brisant parfois ce silence total, un cri lointain parvenait à mes oreilles. Un hululement lugubre, un hurlement d’un quelconque animal sauvage, et parfois l’écho terrifiant d’un cri humain, étouffé par les arbres millénaires. Leurs racines s’engouffraient dans la terre et ressortaient ça et là, comme douées d’une vie propre, condamnant les êtres les plus faibles à une mortelle constriction. Et là où les racines n’étaient pas, la boue se chargeait de les enliser et les avalait pour l’éternité.
Au pied des feuillus, d’étranges champignons phosphorescents avaient élu domicile aux côtés de leurs frères les plus immenses, gorgés de la lumière pâle de la Pleine Lune. Le vent faisant danser les feuilles au gré des courants, leurs ombres formant des formes tantôt féeriques, tantôt terrifiantes, éveillant l’imagination des fous qui osaient s’aventurer en ces bas lieux. Tandis qu’une goutte résonnait en tombant dans une mare stagnante, un papillon de nuit battait des ailes pour sortir de son cocon et s’élever dans les cieux pour vivre jusqu’à la nuit prochaine. Je me demandais pourquoi devait-t-on se métamorphoser en un être magnifique pour ne vivre qu’une triste vie éphémère, mais la forêt ne disait mot. Tous les bruits de la nature ne formaient qu’une douce et calme symphonie à mes oreilles, et ne répondaient nullement à toutes ces questions que je me posais. Cet équilibre parfait que j’admirais de tout mon être, je savais que je ne l’atteindrais jamais. C’est pour cette raison que je me devais de le respecter et de l’admirer sans le perturber ne serait-ce qu’un instant, ne serait-ce qu’une seconde.
Tout semblait uni en ces lieux. Tout être avait raison d’être dans la sylve, du plus petit insecte au plus imposant chêne. Les pensées de chacun ne formaient qu’un seul esprit : la Forêt.

Au milieu de l’océan émeraude, une colline vierge de toute arbre semblait régner sur le paysage. Les hautes herbes qui la recouvraient de part en part ondulaient au gré de la bise légère mais glaciale qui courait dans les cieux.
J’étais assise là depuis des heures déjà, au pied de cet arbre solitaire qui avait élu domicile au sommet de ce lieu différent de tous les autres endroits de la forêt.
Avec un regard empli de cette nostalgie insondable, je fixais les cieux infinis qui s’étalaient au dessus de moi. Mes yeux traversaient les étoiles, j’avais l’impression de ressentir pleinement l’immensité de l’univers, de me rendre compte un peu plus chaque seconde de l’espace infini qui séparait chacune de ces petites braises qui scintillaient là haut.
Tout en pensant à mon passé, mon présent et mon avenir, ma curiosité sondait implacablement les mystères de l’Univers.

Un brin de lumière se décrocha de mon œil ; une étincelle brillante se mit à parcourir ma joue ; une larme finit sa course sur le coin de mes lèvres.
Je ne savais pas pourquoi je pleurais, je ne comprenais pas ce qui se passait en moi, mais ce dont j’avais la certitude, c’est que j’avais une folle envie d’avancer vers ce chemin qui s’ouvrait à moi.
Peut-être que si je construisais mon futur avec mes sentiments, les miracles me souriraient un jour. Comme pour répondre à mon questionnement, une étoile filante fendit la voûte céleste, faisant luire de mille feux mes yeux égarés. J’aurais aimé que cet instant dure toute ma vie, j’aurais aimé ne jamais devoir m’arrêter de vivre pour regarder encore et encore ce spectacle fabuleux. Du plus profond de mes pensées, au cœur de mon âme, quelque chose trouvait son aise à cet instant, une corde oubliée depuis longtemps, ou tout simplement ignorée, semblait s’accorder en toute harmonie en cet instant.
J’aurais tout donné pour que tout ça ne s’arrête jamais… Tout donné…
Je n’avais qu’un souhait, un désir unique, une envie solitaire et primordiale, mais au fur et à mesure que le temps passait, je me rendais de plus en plus compte que c’était déjà bien trop…
Si seulement j’avais pu surmonter mon passé, si seulement j’avais su quoi faire, peut-être qu’aujourd’hui je serais sereine, plongée dans un sommeil calme et profond, mais au lieu de ça, je passais mes nuits ici, à regarder le ciel, au près de cet arbre si différent des autres, au pied de mon arbre.

Lorsque je l’avais vu pour la première fois, lorsque je n’étais encore une gamine fraîche et pétillante de bonheur, je m’étais tout de suite rendu compte qu’il était unique. Bien que j’étais noyée dans la naïveté infantile, cela a n’avait pas empêché que la vue de ce grand arbre provoqua en moi quelque chose de très fort, que je fus incapable de définir à l’époque, et que j’ai énormément de mal à comprendre aujourd’hui.
A dater de ce jour, il ne s’était pas passé une seule nuit sans que je ne vienne me reposer près de lui. Ma mère s’inquiétait souvent de ces excursions nocturnes, elle venait toujours me chercher au début, soulagée qu’il ne me fût rien arrivé.
Le temps passait, je passais mes journées auprès de cet arbre. Inquiétée de ce comportement, ma mère décida de m’enfermer dans ma chambre. Mais je m’enfuyais toujours, trouvant à chaque fois un quelconque moyen de sortir de cette chambre et de cette maison qui paraissait ne plus être chez moi.

Ma mère m’avait toujours porté beaucoup d’attention, sûrement beaucoup plus qu’à mes deux frères. Cela me convenait d’être aimée et jalousée par ma famille, vers l’âge de douze ans, j’avais un certain équilibre, je vivais ma vie sans me soucier de l’avenir et en me fichant de mon passé. Je passais mon temps à reproduire les mêmes erreurs, sans en tirer de leçons, et je ne le remarquais même pas. J’étais trop occupée à m’occuper de moi-même, plongée dans les profondeurs de mon égocentrisme. Ma mère ne me disait rien, elle se contentait de faire du mieux pour me faire plaisir, et mes frères m’ignoraient, sûrement pour oublier la douleur qu’ils éprouvaient lorsqu’ils voyaient que l’amour de notre mère ne les atteignait pas. Peu à peu, rongée par la pensée obsessionnelle de ma personne, j’en oubliai cet arbre que j’aimais tant…

J’avais passé mon adolescence à me moquer du monde entier, à traîner avec mes « amis ». Ceux-ci n’étaient qu’un moyen de me sentir plus supérieure, plus puissante. Je manipulais sans cesse les sentiments des gens qui m’entouraient, mimant des sautes d’humeur, des rires et des pleurs pour parvenir à mes fins. Je crois qu’à cette époque, je ne connaissais pas le sens du mot « naturelle », et même si j’avais voulu l’être, je n’avais aucune idée de la manière dont il fallait s’y prendre pour être soi-même. J’étais une adolescente rongée par l’amour de sa mère dont je me fichais éperdument, au dépend des gâteries les plus inimaginables. Elle faisait tout pour que je la remarque et pour que je voie l’amour qu’elle me portait, et elle se moquait de savoir si ce sentiment était réciproque. Je trouvais cela normal, une mère se devait d’aimer sa fille. Je ne m’étais pas demandé une seule seconde pourquoi elle n’aimait pas ses deux autres enfants. Tout bascula en un triste jour d’automne.

Il pleuvait ce jour là, comme si le ciel savait ce qui allait se produire et pleurait sa douleur. Les feuilles des arbres étaient noircies par la saison et redevenaient poussières sur l’asphalte froid et mouillé. Les flaques qui parsemaient les rues et les chemins ne reflétaient que le gris des cieux pétrifiés qui s’étalaient au dessus de la bourgade jusqu’à la perpétuité. Comme des guillotines achevant leur tâche macabre, le tonnerre enflammait l’horizon, déposant parfois sont baiser mortel sur notre terre. Ma mère était perdue dans la monotonie de son  travail, mes frères étaient égarés dans els sentiers perdus de la connaissance. Incapables de se rendre compte de la chance qu’ils avaient, ils se morfondaient sur leur table de classe. Tous espéraient que la journée se termine, mais pas vraiment rapidement, anxieux face à l’hypocrisie qui étouffait dorénavant ma famille.

Ce jour là, comme beaucoup d’autres auparavant, je séchais les cours. Impuissante face à mon avenir, n’attendant rien de celui-ci, je n’avais aucun intérêt à passer mes journées à l’école. J’étais assise contre mon arbre, sous une pluie mêlée de larmes, fixant les cieux gris d’un regard vide. Je n’ai jamais su comment j’en avais pu en arriver là, passer d’une enfant heureuse à une adolescente perdue et noyée dans l’égoïsme. A force de voir mes propres sentiments, j’étais devenue insensible à ceux des autres…

Comme tous les jours, mon petit frère rentrait de l’école. Un pauvre gamin déséquilibré qui marchait, seul sous la pluie. Beaucoup de gens avaient remarqué son comportement étrange, lui-même avait envoyé plus de signaux de détresse qu’il n’en fallait. Mais nous étions aveugles. Marchant seul sur le petit sentier forestier, les yeux hantés par le désespoir, il avait fini par disparaître entre deux points, comme un fantôme ayant achevé sa tâche funeste. Plus personne ne le vit depuis. Masquant son inquiétude au travers des ses habitudes et de l’amour qu’elle me portait, ma mère ignora sa disparition et continuait à vivre comme si de rien n’était, alors que mon frère aîné s’enfermait seul dans la douleur. Il hurlait toujours sur notre mère, comme s’il restait une chance de la remettre dans le droit chemin. Je savais que j’étais comme elle, et j’espérais en secret qu’il me crie aussi dessus, mais il n’éprouvait pour moi que de la haine, et ne m’adressa pas une seule fois la parole. Pourtant, je sentais ses sentiments au travers de lui, en fixant le noir de ses yeux déformés par la rage. Peut-être qu’il était finalement le seul à voir la vérité en face… Il prit lui-même la décision de signaler la disparition de son frère, après avoir tant de fois essayé de le retrouver sans succès. Mais malgré les recherches actives de la police, mon jeune frère avait disparu entre deux points, il resta introuvable.

 

Je m’étais sentie vide tout à coup, j’avais senti que quelque chose en moi était parti, mais pas une seule larme n’avait coulé de mes yeux, pas une seule seconde j’avais pensé à le retrouver ou à être à sa place. Déjà enfermée dans mon ego surdimensionné, cet évènement ne fit que m’y enfermer définitivement.
Je me mentais à moi-même, je n’osais m’avouer mes sentiments, je restais cachée derrière des masques et des façades qui ne faisaient que montrer une fausse personnalité que je m’étais forgée pour ne pas souffrir.
Dans les mois qui suivirent, ma mère tomba en dépression. Je n’avais pas compris pourquoi elle pleurait, alors qu’elle l’avait toujours ignoré ! Je me mis alors à la détester, pour l’amour qu’elle ne me donnait plus, pour pleurer pour quelqu’un d’autre que moi. Nos relations par la suite furent des plus noires…

Mon frère aîné, quand à lui, s’était mis à rejeter sa famille, par refus de la souffrance ou parce qu’il ne pu supporter cette détresse omniprésente, il restait de plus en plus longtemps dehors, la nuit et le jour. Et lorsqu’il était chez nous, il évitait de croiser notre regard, de peur d’y voir une larme. Mais ces larmes étaient présentes, et son absence n’avait fait que les décupler. Elles coulaient à torrents des yeux de cette ombre vaguement humaine qui me donna un jour la vie. Un soir, mon frère aîné ne rentra pas. Il disparu tout comme mon frère cadet, et avait certainement fui une douleur omniprésente qu’il ne pouvait plus supporter. J’étais seule, avec ma mère, mais nos présences s’ignoraient mutuellement. Chacune de nous deux était consciente que la souffrance était réciproque, mais nous préférions les ténèbres à une confrontation trop pénible. Ma mère ne sortait plus, ne mangeait plus, ne parlait plus. Je commençais peu à peu à me rendre compte qu’elle avait lentement glissé dans la gueule béante de l’obscurité.
Notre maison ne fût dès lors rien de plus qu’une coquille vide qui ne renfermait plus une once de sentiments humains. La vie qui l’avait habitée il y avait un temps s’était maintenant totalement effacée, l’agonie céda place au néant.

Une nuit. Il pleuvait. Non, il ne pleuvait pas, il grêlait. Les éclairs résonnaient. A moins que ce ne soit les pas de ma mère qui, depuis des mois, n’était pas sortie de sa chambre. Elle marchait dans le couloir, noyée dans l’obscurité de la nuit. Je la suivais lentement, silencieusement.
Une ombre noire qui avançait dans l’ombre. Voilà ce qu’elle était pour moi. Un craquement au bout du couloir. C’est tout ce que j’étais pour elle. Mais au moins, en cet instant, chacune de nous était consciente de la présence de l’autre. Elle descendit lentement les marches de l’escalier. Je la suivais curieusement, péniblement. Elle traversa la pièce vide, puis ouvrit la porte d’entrée. Elle en franchit le pas. Le Clair de Lune m’éblouit presque, illuminant le visage de l’ombre noire.
Ma mère semblait avoir perdue la vie tout comme notre maison. Ses habits étaient sales et poussiéreux, et traînaient sur le sol comme la voilure de la Mort. Elle n’était pas allée à son travail depuis des mois, et nous n’avions plus de quoi nous laver, nous nous contentions de faire les poubelles pour nous nourrir, ce fut une situation difficile, mais la force de vivre ne m'avait jamais abandonnée. Au fond, peut-être que je croyais encore en ma mère. Ses cheveux crasseux pendaient, ballant d’un côté, puis de l’autre à l’allure de la marche macabre. Je pouvais apercevoir dessous un visage gris, ridé, tordu par la douleur. De longues traînées noires s’étalaient des tempes à ses yeux, rougis et enflés, marques ineffaçables de ses larmes de chagrin.
Elle continuait sa course, et mettait difficilement un pied devant l’autre. Nous marchâmes pendant quelques minutes qui me parurent une infinité. Le brouillard s’était installé, et nous plongea dans un océan opaque. Ma mère, la faucheuse en personne, marchait toujours vers ce je ne sais quoi qui l’avait sortie de sa chambre. Je la suivais. Autour de nous, je pouvais entrevoir des silhouettes menaçantes, des griffes acérées, des ombres prêtes à bondir. Je crus avoir mis les pieds au Royaume de Nifleheim*, mais je me rendis compte que ce n'était que la forêt, et que seuls les arbres paraissaient menaçants au milieu de ce brouillard maussade. Je suivais toujours la silhouette de ma mère avec difficulté. Elle se rapprocha soudainement ; non, elle s’était arrêtée. Elle leva la tête vers ce que je ne pouvais voir. Puis elle s’écroula, la petite lueur de conscience qui l’animait jusqu’à lors disparu, laissant retomber son corps inerte dans l’herbe. Je m’approcha et m’agenouilla devant son corps. Elle tourna lentement la tête vers moi, puis ouvrit les yeux. Mais ces yeux étaient très différents de ceux d’avant. Ils semblaient avoir retrouvé l’humanité. Ils semblaient emplis de pensées, ils ressemblaient aux yeux de la mère qui m’aimait tant.
_En… Endy…, dit-elle d’une voix presque inaudible.
Depuis des mois durant, elle avait délaissés ses enfants. Je fus curieuse qu’elle connaisse encore le nom de mon frère cadet après tant de mois d’oubli, et presque outrée que ce soit celui-ci qu’elle prononce.
_Non, c’est moi, ta fille, tu te souviens ? Lui avais-je envoyé comme un reproche.
Elle écarquilla les yeux, sembla se perdre dans ses pensées quelques secondes puis revint à elle : _Ma …Fille ?… … Il y a quelque chose que tu dois savoir…
Je lui répondis d’un quoi hargneux, persuadée que la tristesse lui avait fait perdre la raison. Je détournais le regard dans le brouillard en attendant une réponse.
_Tu… Tu m’es étrangère…
Un rictus amer me parvint aux lèvres. Etrangère à elle, je l’avais toujours été spirituellement. Elle me cajolait autrefois, mais n’a jamais su ce que je pouvais éprouver.
_Si tu avais voulu me connaître, je t’aurais sûrement ouvert mon cœur… répondis-je tristement.
_Ce… n’est pas ce que je veux dire… dit-elle, me fixant encore.
_ …Tu étais si belle quand je t’ai trouvée…
Cette phrase me frappa en plein cœur, libérant un raz de marée de sentiments en moi. Elle disait n’importe quoi. Elle DEVAIT dire n’importe quoi !
Ses yeux… Je me mis à les fixer. Ils semblaient si sincères… Mon identité vola en éclats, mon esprit se brisa en morceaux. Je compris tout.
Si ma mère m’avait apporté tant d’amour, c’est parce qu’elle ne voulait pas que je me rende compte que je n’étais pas sa véritable fille ! Mais alors… Mais alors tout était de ma faute ! Endy, mon frère aîné, ma mère, tout ce qui était arrivé, c’était de ma faute ! Je me mis à pleurer, à pleurer comme je n’avais jamais encore pleuré. J’éprouvais une douleur incroyable, comme si tous les maux du monde s’étaient soudainement abattus sur moi. Je me rendis compte de tout ce que j’avais fait de travers, de tout ce que j’aurais dû être. La vérité était insupportable…
_… Puisses-tu un jour me pardonner, dit-elle finalement avant de refermer les yeux pour toujours, laissant échapper une dernière larme sur sa joue…
J’avais pleuré, j’avais hurlé toute la nuit de douleur, comme pour laisser échapper toute cette douleur qui s’était amassée en moi. Et l’aube venant, lorsque le brouillard s’était dissipé, je me rendis compte que nous étions en bas d’une colline. Une vieille colline qui me rappela des souvenirs merveilleux, des sentiments de bonheur et de sérénité. En haut de cette colline, un arbre trônait avec toujours autant de splendeur. L’arbre de mon enfance, celui qui avait veillé sur moi durant tout ce temps… Mon arbre... Pourquoi était-elle revenue là, pourquoi avait-elle choisit ce lieu pour rejoindre le ciel ? Et surtout… Si elle n’était pas ma mère, qui étaient mes véritables parents ?
J’avais enterré cette femme qui fut comme ma mère aux pieds de mon arbre. J’allais passer le reste de ma vie à la recherche de qui j’étais, à la recherche de mon identité, mais pour pouvoir enfin me trouver moi-même, il fallait que je croie en quelque chose qui me pousse à aller de l’avant. Ma mère adoptive était ce quelque chose. Pour moi, son cœur et son âme résonnaient encore aujourd’hui à travers chacune des feuilles de cet arbre, chacune de ses branches. La seule mère que je connus vivait encore dans cet arbre, cet arbre qui m’apportait tant, et dont j’avais tellement besoin. Sa seule vue me réconfortait, effaçait tous mes problèmes. Quand je le regardais, j’avais le sentiment de ne pas me battre pour rien. Cet arbre si mystérieux au sommet d’une colline immaculée… Mon cœur perdu au milieu des limbes de ce monde. Mon arbre était mon pouvoir, mon arbre était ma force. Mon arbre était et restera à jamais le reflet de mon âme.

Un ciel. Un ciel noir. Noir comme ce passé que j’avais laissé derrière moi.
Un ciel noir, mais qui laissait paraître l’aube approchante.
Comme la vague d’espoir qui emplissait mon cœur, une ligne rouge rongeait peu à peu l’horizon, emplissant les cieux d’un dégradé irréel, éclairant ça et là des nuages qui se teintaient à la couleur de la peau d’un enfant. Le Soleil renaissait encore, illuminant de sa lumière de feu le paysage de cette agréable aube d’un jour nouveau.
Tandis que le ciel achevait sa lente résurrection et effaçait les dernières étoiles, la Lune s’en allait lentement, cédant place au bleu vivace du ciel.

Je m’étais levée, et j’avais marché vers cet avenir si mystérieux que j’avais tant envie d’explorer. Je marchais vers moi-même, baignée dans la lumière rouge du Soleil naissant. Je marchais vers mon futur, guidée par l’esprit de ma mère. Guidée par Mon Arbre…

Et qui sait, peut-être reverrais-je un jour mes frères...

INFANTILIS, tel est mon nom à présent...


*Nifleheim : Enfer Noir et Glacial dans la Mythologie Scandinave.




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