Lunar : Silver Star Story - Un petit retour aux sources, ça vous tente ?

Publié le par Gen'Seirin' Kokoro

A mes heures perdues, je fouille mes cartons poussiéreux et j'en sors des petits jeux old-school, des références dans le domaine des origines du jeu vidéo que je n'avais pas eu la chance de tester jusqu'alors, ou que je redécouvre avec toujours autant de plaisir.

Non, les vieux jeux ne sont pas morts, et même s'ils n'affichent pas la beauté des réalisations modernes, ils n'en restent pas moins empreints d'idées et d'inspirations qu'on a parfois du mal à retrouver aujourd'hui. Alors même s'ils sont kitsh et dépassés, ces petits bijoux méritent une retrospection en bonne et due forme, ne serait-ce que pour prouver à ceux qui ne les connaissent pas que la qualité vidéoludique se passe d'âge et de mémoire physique. Après Secret of Evermore, voilà un petit RPG plein de fraîcheur débarqué des temps anciens : Lunar premier du nom, Silver Star Story.




Pour être plus précis, Lunar est plus un grand classique qu'une référence, c'est pour ainsi dire l'incarnation de ce qu'il y a de plus cliché en terme de RPG : Lunar fait incontestablement partie de ces jeux qui ont établi durablement les clichés que les RPG plus récents tentent d'éviter comme la peste et qui font doucement rigoler les joueurs avertis lorsqu'ils les croisent : un héros qui se réveille dans son lit au début du jeu, qui n'a comme seul parent que sa mère, vit dans un petit village où il fréquente son unique amie d'enfance (souvent innocente aux cheveux bleus), et qui a bien sûr par dessus tout une soif intarissable d'aventures et se trouvera d'une manière ou d'une autre (cette manière incluant généralement un dragon et des pierres magiques) au centre d'une destinée qui l'emmènera à sauver le monde, ni plus ni moins.

« Dans le petit village de Burg, un adolescent en quête d'aventures nommé Alex va se joindre à Luna, son amie d'enfance, et ses compagnons pour accomplir une quête qui le mènera sur la trace du héros qu'il admire tant, le Maître Dragon Dyne, et l'engagera dans une destinée ayant pour enjeu la sauvegarde du monde et l'accomplissement de sa destinée en tant que Grand Maître Dragon... »



Vous l'aurez compris, le scénario ne fait pas dans l'originalité et ce n'est pas son objectif : au contraire, en parcourant le jeu on en arrive à croire que le but des développeurs est justement d'utiliser le maximum de clichés imaginables et de rendre l'aventure aussi prévisible qu'il soit possible de le faire (tout en lui permettant de s'envoler sans problème cependant), les utilisant comme une preuve que ces clichés si souvent évités sont devenus des clichés parce qu'ils sont d'une efficacité surprenante. Avant même de jouer à Lunar, on peut déjà grossièrement résumer la totalité des évènements du jeu mais ça ne le rend pas pour autant ennuyeux : on se surprend même à être impatient qu'un fameux retournement dramatique attendu se produise pour relancer l'histoire. D'un bout à l'autre de l'aventure, j'ai eu l'impression de relire un bon livre en le savourant avec toujours autant de plaisir, le côté prévisible de chaque scène la rendant toujours exquise. Même les personnages rencontrés sont tout ce qu'il y a de plus basique, et on devine immédiatement qu'un tel va rejoindre notre équipe au moment ou tel autre va la quitter. Au travers d'une large mosaïque de clichés poussés dans leur derniers retranchements, le jeu a le talent de ne pas les afficher comme des maladresses masquées mais comme des points forts totalement assumés.







Au niveau du casting de personnages, les clichés évoqués plus haut sont tout aussi présents : il y a bien sûr le héros de RPG classique, jeune adolescent en quête d'aventures, son amie dont l'innocence n'est égalée que par l'aura mystérieuse qui l'entoure (elle devra la plupart du temps être confrontée à son passé, ce qui se traduira par une scène tragique aux trois quarts du jeu), le justicier dévoré par le pouvoir (qui penchera à un moment donné du jeu vers le côté sombre de la Force), à ça viennent s'ajouter des personnages secondaires pas vraiment utiles comme l'ami enrobé du héros et toute une palanquée de protagonistes rencontrés au cours de l'aventure. Classicisme oblige, la mythologie du jeu est centrée autour d'une déesse mère (dans Lunar, son nom sera Althena) et d'une collection de pierres, joyeux et autres artefacts mystérieux à vocation magique que le héros devra amasser durant sa quête, qui reste de long en large pleine de bons sentiments.

Mais l'important n'est pas l'étendue du classicisme des personnages mais la manière dont ceux-ci sont mis en scène durant l'aventure. Sans faire preuve d'une imaginativité débordante, le jeu exploite pourtant les personnages de fond en comble et leur permet par la même occasion de trouver tout naturellement leur place dans l'histoire : c'est aussi de cette impression que découle la sensation de fluidité du jeu. L'humour des dialogues ajoute parallèlement à ça une touche de légèreté et d'auto-dérision, je pense surtout aux remarques de Nall, une sorte de chat ailé albinos qui accompagne le héros tout au long de l'aventure et ne manque pas de commenter d'une manière fracassante la situation présente.







Graphiquement, le jeu respecte aussi ses ambitions : dépeint sur des décors colorés en adéquation avec l'esprit du jeu, certains trouveront tout de même les graphismes de Lunar beaucoup trop simplets. Même durant les combats, le jeu obéit à une esthétique classique presque enfantine. Les scènes d'animation qui parsèment les cinématiques et les doublages du jeu donnent cependant une présence incontestable aux personnages, et c'est ce côté « animation » qu'on retrouve dans le design général de Lunar : Silver Star Story. Certains décors bénéficient cependant d'un soin particulier et se révèlent être très agréables pour les mirettes, les possibilités de la Playstation première du nom permettant aisément un travail des décors qui dépasse le stade de l'agencement de tiles (pour les décors les plus fouillés dumoins). Ce sont donc parfois de véritables décors d'animation miniatures qu'on traverse parfois, même si la majorité des donjons sont redondants et moins recherchés, moins intéressant à parcourir que le sont les villes et les lieux annexes.

Cet aspect répétitif deviendrait réellement gênant si des combats aléatoires se déclenchaient à longueur de temps, mais la réédition Playstation du jeu, à l'origine édité sur Sega CD, en plus d'enrichir de manière conséquente le scénario et les personnages modifie légèrement le gameplay pour le rendre plus agréable : les ennemis sont donc visibles dans les donjons, et on peut les éviter plus ou moins facilement avec de bons réflexes et en monnayant quelques allers retours mesquins. Le jeu étant cependant assez corsé (malgrès ce qu'on pourrait croire en voyant ses images et ses idées naïves), il devient cependant vite vital d'acquérir de l'expérience pour survivre aux confrontations inévitables et aux erreurs de parcours (les ennemis peuvent se montrer aussi vicieux que vous dans leurs tentatives d'amorcer les combats).






Mais ce qui m'aura le plus marqué dans Silver Star Story, et c'est aussi se qui caractérise sa suite Eternal Blue, c'est sans doute la qualité des musiques du jeu. Non pas parce que la bande sonore bénéficie d'une composition de génie ou que l'instrumentalisation est richissime, mais simplement parce qu'on peut immédiatement sentir que les compositeurs, en particulier Noriyuki Iwadare (qu'on retrouve dans la série Grandia), n'ont fait preuve d'aucune retenue :  les mélodies sont simples, variées, et ne se contentent pas de reprendre le thème principal sous toutes les coutures. Les musiques restent souvent en tête, regorgent de thèmes divers et la composition, tout en restant dans l'esprit simpliste et cliché du jeu, est complète et approfondie. Ni trop répétitive, ni trop vite expédiée, elle reste l'un de mes meilleurs souvenirs en terme de bande sonore de jeu vidéo old-school.

J'ai parfois l'impression que les RPG récents (Infinite Undiscovery, Tales of Vesperia) ont tendance à oublier cette intensité de la musique et à faire uniquement dans la musique d'ambiance, la musique incidentale pure qui ne dégage aucune ambiance musicale pouvant participer à l'univers du jeu et le compléter, intense, vivante et indépendante. A trop vouloir rentrer dans un moule qu'on nous prépare à l'avance, on en vient aussi souvent à décevoir avec des musiques trop limitées. Les jeux qui précédaient l'ère de la 3D misaient sur leur bande sonore pour construire l'ambiance d'un jeu et toucher, accrocher le joueur ; je constate souvent qu'aujourd'hui la tendance s'inverse : la recherche graphique est visible (cell-shading, haute définition, réalisme texturel), mais l'aspect sonore est souvent en retrait et se contente de suivre les classiques.

Il reste néanmoins toujours des exceptions à la règle, de belles preuves que la musique a encore sa place dans le jeu-vidéo, comme la sublime OST du non moins sublime Valkyria Chronicles ou l'ambiance musicale unique d'Okami. Espérons que mes oreilles soient plus souvent contentées à l'avenir, je mise pour le moment mes attentes sur des compositeurs dont j'apprécie le travail comme l'ineffable Hitoshi Sakimoto (je crois que j'ai apprécié tous les OST de l'artiste, sans exception, à la différence de Motoi Sakuraba que je trouve décevant ces derniers temps), mais je reste ouvert au talent de nouveaux venus prometteurs. Les coups de génie et les manques d'inspiration sont plus dangereux en musique que dans n'importe-quel autre domaine, alors je m'intéresserai aussi au travail d'artistes moins connus ou moins intéressants à mes yeux qui pourraient avoir une illumination, même s'il ne faut pas oublier que la musique ne marche pas qu'au génie. Le style d'un artiste, comme celui d'un écrivain, a tendance à se répercuter et se retrouver sur toutes ses compositions (ce qui n'est pas une mauvaise chose si on l'aime, mais peut vite devenir une torture si on y est allergique).






Lunar : Silver Star reste donc une valeur sûre du RPG de l'ère de la 2D, et plus particulièrement sa réédition Playstation Silver Star Story, allégée de quelques défauts et largement améliorée techniquement. Les amateurs d'originalité s'offusqueront rien qu'à la lecture du synopsis et n'y trouveront sans doute pas leur compte, mais pour les autres Lunar offre une aventure intense, fluide et envers et contre tout pleine de fraîcheur et d'intensité qu'il est un plaisir de parcourir de long en large.

Si vous avez soif d'aventures et que la détermination naïve du titre ne vous fait pas peur, si vous aimez les jeux d'aventure qui n'ont pas d'autre prétention que vous faire vivre une aventure intimiste sans s'étaler de toutes parts (Tales of Symphonia, si tu m'entends...), alors Lunar devrait vous satisfaire et même vous plaire. Car derrière son classicisme manifeste et son angélisme patent se cache la petite étincelle rêveuse que renferme tout amateur de jeux de rôle : une simple envie d'évasion.

Publié dans Jeux Vidéo

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Gen' 29/01/2009 12:36

J'ai joué à la réédition Playstation (mes screens proviennent de cette version), c'est celle qui m'a le plus attiré avec son amélioration graphique et les légères corrections qui ont été apportées au scénario. Même la qualité des musiques a été améliorée.En fait, je considère la réédition comme une version corrigée de la version originale Sega CD, c'est aussi ce qui explique que le jeu soit si réussi, il a eu l'occasion de corriger quelques défauts au passage :)

watanuki 29/01/2009 10:38

Tu as testé quelle version du jeu ? Je ne me souviens pas de l'avoir lu...Je me souviens, ce jeu faisait partie du panthéon des RPG à une époque. Mais il est réputé pour sa difficulté..J'aime bien tes articles, ils sont vraiment fouillés.