Any Low Ending

Publié le par Gen'Seirin' Kokoro

                       Chapitre I : la fin des temps

    Un futur sombre, une humanité désespérée et un monde complètement détruit. Un contexte très noir pour cette histoire que ce premier chapitre aborde ! Au travers des différents textes et chapitres qui composeront la série Any Low Ending, vous suivrez un adolescent détruit par le monde dans lequel il vit se battre pour sa propre survie, apprenant peu à peu à se connaitre, à connaître son monde, et à appréhender une fin pas si lointaine qu'il aurait pu le croire. Tout commence dans les cités d'acier, immenses tours grises noyées dans un océan de pollution : le Low Ending. Ce premier chapitre est un prologue à une très longue épopée spatiale...

Le terme Any Low Ending comporte en lui-même une multitude de sens : il peut se traduire littéralement par "Une Autre Basse Fin", et peut désigner le brouillard épais (et en basse altitude) du Low Ending comme la déchéance inévitable de l'humanité. Un titre plein de significations que je vous laisse le plaisir de chercher en lisant ce texte :)

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Musique de fond :

Zone of the Enders ANUBIS - Beyond the Bounds


Le Low Ending.
Entre les immenses tours d’acier, cet endroit où la lumière du jour ne parvient plus. Des ténèbres toujours plus profondes, dévorées par une pollution toujours plus dense. Des fleuves noirs qui parcourent les villes et recouvrent aujourd’hui la planète. Je vis ici, entre ces colonnes grises, passant mes journées à fixer les profondeurs de la ville. Il fut un temps où tout était différent. Le monde était prospère et les humains le peuplaient avec respect. Mais les temps changent. Les hommes, n’ayant su tirer de leur passé que la peur de la mort firent des progrès et vécurent de plus en plus longtemps. La population augmenta, et les villes se multiplièrent partout dans le monde, à tous les endroits où il était possible d’en construire. Mais à force de construire des villes, la place vint à manquer. Alors les humains bâtirent des villes sur les villes. Les aiguilles de métal commencèrent à s’élever vers les nuages, qui disparurent peu à peu. La pollution rongeait irrémédiablement la planète, affectant les conditions climatiques à un point qu’on n’aurait pu imaginer. C’est à cette époque que naquit le Low Ending, lorsqu’on se rendit compte que la pollution formait un mince brouillard à la surface du sol. Brouillard qui s’est aujourd’hui transformé en un océan sans fond. Le niveau de l’air pollué monta peu à peu, et avec lui les immeubles s’élevèrent de plus en plus haut. Dès que l’air n’était plus respirable, les tours grandissaient encore. Jusqu’au jour où nous ne pûmes aller plus haut.

Aujourd’hui le manque d’oxygène rend les gens malades, la pollution qu’on ne peut plus endiguer empoisonne le peu d’air qu’il nous reste. Aujourd’hui, j’en suis certain, nous ne vivons que sur le triste cadavre de notre terre. J’ai lu qu’un jour le ciel avait été bleu et vivace. Pourtant, lorsque je le regarde, je ne vois qu’une pauvre lueur grise et sans vie. On dit même qu’à une époque lointaine, on trouvait des étendues d’eau qui s’étalaient jusqu’à l’horizon : une eau bleue et pure, qui regorgeait de vie. Et la pluie n’avait pas cette couleur noire dégoûtante. De toute façon il ne pleut que dans les basses cités, les riches vivent tout en haut des tours, au dessus des nuages acides que crache le Low Ending.
Les hommes ont trouvé la solution à tous ces problèmes : ils sont partis peupler d’autres planètes, et on construit d’immenses colonies spatiales. Mais nous, gens normaux, nous sommes restés ici, entassés dans ces cités d’acier. Noyés dans cet océan de fer, tentant aussi bien que possible de mener une vie insignifiante. Du gris, du gris partout. Et un vacarme assourdissant du matin au soir. Depuis que la Lune avait échappé à l’attraction de la Terre, des machines régulaient constamment la température, et les REGEN* stabilisaient la gravité. La civilisation s’était préparée à ça depuis plus d’un siècle, et avait finalement réussi à trouver un moyen de survivre sans la lune. Personne ne se rendit compte qu’elle était partie. Ce fut lorsque les gens commencèrent à avoir des malaises, lorsque d’autres perdirent l’esprit, qu’on se rendit compte que la nuit était bien vide. Stupide humanité. A force de craindre la nature, nous avons fini par la faire disparaître complètement. La seule nature qu’il y a ici, ce sont ces sales plantes noires qui poussent sur le métal. Et les insectes. Ah eux ont survécu, ils ont d’ailleurs colonisé tous les endroits que les humains laissent derrière eux. Il arrive même que parfois ce soit eux qui nous attaquent pour que nous partions. On dit que dans les profondeurs du Low Ending, les insectes se sont aussi adaptés à la survie. Les rares expéditions nous ont rapporté des images d’êtres monstrueux, deux fois plus gros qu’un homme. Le premier d’entre eux qui fut montré au public avait provoqué une panique générale, mais les gens se calmèrent lorsqu’on découvrit qu’ils ne pouvaient pas quitter les profondeurs. Ces bestioles s’étaient habitué à l’air pollué saturé, et ne pouvaient plus vivre sans. Cela n’empêcha pas quelques personnes de se faire mystérieusement déchiqueter lorsqu’elles habitaient trop près du Low Ending. Ce problème incita les gouvernements à construire encore plus haut, et à respecter un périmètre de sécurité entre l’Altitude* et le Low Ending. C’est la seule chose que le gouvernement fit pour nous d’ailleurs, nous délocaliser plus haut. Dans les cités d’acier, l’altitude est synonyme de classe sociale. Le système est simple : les riches en haut, les plus démunis en bas. Ceux qui n’ont pas d’argent doivent vivre avec le bruit des machines, avec pour seule contemplation les ténèbres du Low Ending. Parfois, on peut entendre des cris venant de là-bas. Des hurlements monstrueux, qui semblent provenir des enfers. Cela fit naître chez les classes basses beaucoup de croyances absurdes : certains les assimilent à une vengeance divine, d’autres à l’invasion de forces infernales. Le gouvernement explique simplement ce phénomène par le frottement du métal qui compose les fondations de la ville.

Depuis quelques temps, quelque chose qui ne s’était jamais produit auparavant commence à se répéter. Des tours s’effondrent, et disparaissent dans le Low Ending. Les meilleurs chercheurs ne peuvent pas l’expliquer. Les villes basses sont transformées en structures solides avant qu’on ne construise dessus : en théorie, les tours ne pouvaient pas s’écrouler. Des rumeurs prétendent que c’est la croûte terrestre qui flanche. Mais si c’était le cas, c’est phénomènes ne seraient pas si isolés. La Terre ne sera bientôt plus qu’un caillou invivable dominé par les insectes. Et nous, nous ne serons pas sur Mars, ou dans des colonies lointaines. Nous allons tous mourir ici, que nous soyons tués par le manque d’air, la pollution ou les insectes. Nous aurions du mourir il y a bien longtemps, en même temps que notre planète.
L’humanité : il n’en reste plus rien aujourd’hui. Juste un tas d’imbéciles dominateurs, corrompus ou assouvis. La vie n’a plus de sens, les humains n’ont plus aucune raison d’être. L’avenir n’existe pas, et de ce fait nous n’avons plus la force d’avancer. Nous nous contentons de vivre, soumis à ces machines qui dirigent notre vie et contrôlent jusqu’à l’air que nous respirons. Qui pourrait nous le reprocher…

Des yeux de verre. Une peau de cuir synthétique. Une créature qui vivait autrefois, avant que le monde n‘agonise. Un ours en peluche, serré dans les bras d’une petite fille. Elle fixe les ténèbres depuis un balcon, du haut de cette tour d’acier. Son innocence, son inconscience, sûrement l’empêchent-ils de voir que le monde est pourri jusqu’au noyau. Mais elle regarde en bas. C’est rare qu’une personne se tourne vers l’ombre, et ça l’est d’autant plus lorsque c’est une enfant. Personne n’ose affronter son désespoir. Personne, sauf cette enfant.
Délicatement, la fillette tend les bras, et laisse glisser la peluche de ses mains. L’ourson tombe dans le vide. Elle se penche  pour la regarder disparaître dans le brouillard opaque du Low Ending. Elle s’en fiche, elle en demandera une autre à ses parents. Son jouet ne lui plaisait probablement plus, celui-ci va simplement rejoindre les souvenirs du monde. Il tombera peut-être sur quelqu’un, qui chérira ce don du ciel jusqu’à sa mort. Ou peut-être finira-t-il simplement dans le ventre d’un insecte. Peu importe, elle n’y pensera plus longtemps.
Cette image me fait penser à l’humanité, qui laisse tomber tout ce qui l’entoure, la menant incontestablement à sa perte. Des hommes qui reproduiront les mêmes erreurs jusqu’à disparaître complètement. Nous nous croyons sages et importants, et pourtant il est si facile de nous comparer à une gamine. Après tout, qui sait combien de peluches sont tombées. Finalement, peut-être qu’il vaut mieux laisser venir la fin, pour que naisse une nouvelle ère.
Sans hommes.

Une lourde sonnerie me sort de mes pensées. C’est l’heure du couvre-feu, les autorités n’aiment pas voir traîner les gens dehors la nuit. Une question de sécurité disent-ils. Pour nous protéger peut-être, mais avant tout pour protéger les autres de nous. Tout ce que je vois, c’est une restriction de plus dans un monde ou la liberté fait rire les maîtres du monde. Dans moins d’une demi-heure, je serais allongé dans un coin sombre, ou au mieux dans un taudis abandonné. Et je dormirais seul, tout en sachant que demain sera semblable à aujourd’hui, en espérant que mon sommeil ne sera pas écourté par d’insupportables cauchemars. C’est à ça que se résume ma vie : des jours qui se suivent et se répètent sans se compléter.


* R.E.G.E.N : REacteur Gravitationnel à Energie Nucléaire

* Altitude : Nom courant donné à l'altitude la plus basse de la nouvelle ville, construite sur la précédente qui sert dès lors de fondations.

Quelques précisions :

Les insectes ne vivent pas que dans le Low Ending, sous une forme extra développée qui leur permet de survivre dans des conditions extrêmes, on trouve aussi des insectes de la famille des cafards assez couramment dans les tours d'acier, et quelques d'espèces d'araignées, inoffensives pour la plupart. Les plus mortelles vivent dans les déserts inhabitables, les rares formes de vie qui y habitent sont extrêmement dangereuses (c'est là-bas qu'on trouve les seuls reptiles encore vivant : des serpents principalement). Ces déserts sont pour la plupart des anciens océans, même si quelques-uns ont survécu (ceux emprisonnés sous la glace en fait). Le cycle de l'eau est encore faiblement assuré, mais la plupart de l'eau consommée circule dans les canalisations, elle est filtrée et nettoyée constamment. On a placé des capteurs dans certaines régions pour capturer l'eau présente dans l'air, les réserves devant être renouvelées à chaque élévation de la ville (généralement on se contente de détourner les anciens réservoirs vers de nouveaux).

Les plantes dont il est question, ces racines noires, se nourrissent d'éléments contenu dans le métal, c'est ce qui leur donne cette couleur. Bien sûr elles n'on ni fleur, ni fruit, mais sont un sérieux problème lorsqu'elles sont abondantes : elles dévorent parfois littéralement les murs, les gens ont pris l'habitude de les faire brûler pour les enlever, leur composition les rendant très combustibles. On ramasse parfois la poudre obtenue pour créer d'autres matériaux, ou renforcer l'équilibre de la nourriture. Mais il est évident que manger la racine telle quelle revient à s'empoisonner. Dans certains endroits on a quand même réussi à conserver des plantes plus ou moins vertes, on s'en sert par exemple pour renouveler l'oxygène, ou produire certains composés par photosynthèse. (les racines noires ont abandonné ce procédé durant leur évolution).

Certains humains auraient continué à vivre dans le Low Ending, dans les vieilles villes. On n'ose pas imaginer, en voyant les transformations des insectes, ce que eux sont devenus. Leur survie doit être un enfer, de part l'atmosphère acide, la pression de l'air et le combat contre les autres créatures qui y habitent.

Quelques illuminés (ou pas, ça dépend du point de vue) prétendent que la Terre se vengera un jour (ou plus précisément son esprit : Gaïa, cette religion s'étant largement répandue avec la prise en pitié de la planète suite à sa destruction).



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