Religion et Japon : le culte de la diversité

Publié le par Gen'Seirin' Kokoro

La religion japonaise est un sujet qui me tient à coeur et que je tenais à aborder sur ce blog depuis sa création il y a déjà deux ans, le temps passe décidément très vite. Ce délais m'aura au moins permis de regrouper toutes les informations qui m'ont permis d'écrire cet article et d'en apprendre plus que je ne l'imaginais sur un sujet que je trouvais déjà passionnant.


La section Japon n'a donc pas été créée pour combler le vide du menu et est vouée à se complèter encore par la suite avec d'autres thèmes liés à ce pays, à sa culture et ses traditions sans que cela ait forcément un lien avec l'animation japonaise. Les mangas et l'animation sont en effet une bien maigre partie de la culture japonaise et il serait navrant de la limiter à ça, il est important de se rendre compte que ce qui parvient à nos frontières n'est pas représentatif des traditions profondément conservatrices et ancestrales de ce pays. C'est cette même raison qui explique la présence de cette section, l'importance et l'intérêt que je lui voue par rapport aux autres. J'espère que les articles à venirs seront aussi intéréssants et instructifs pour vous qu'ils l'ont été à écrire pour moi.




Préambule : des statistiques tumultueuses



Commençons donc l'exploration de la culture du Japon par un thème très large et diversifié : la perception de la religion au pays du Soleil levant, les différentes influences qui ont transformé les croyances nippones et leurs conséquences plus ou moins concrètes sur le quotidien la population japonaise. Contrairement à ce que nous pourrions croire, les japonais sont loin d'être aussi limités et renfermés que nous pourrions l'être nous-même en terme de diversité religieuse. En effet, on retrouve au sein de la population les grandes religions asiatiques et occidentales que sont le Bouddhisme et le Christianisme (respectivement 95 millions et environ 1 millions de croyants, une moyenne nettement inférieure pour le Christianisme que nous expliquerons plus tard), le Shintoïsme reste cependant largement dominant (plus de 105 millions de croyants) alors que les religions orthodoxes et d'autres cultes plus ou moins sectaires regroupent le reste de la poluation croyante (environ 15 millions).


En dehors des mouvements religieux majeurs, une grande partie de la population moderne tend à abandonner toute forme de religion et l'athéisme connaît un accroissement important dans l'archipel, notamment grâce au dévelloppement technologique et à l'histoire profondément marquée du pays. Le nombre global de croyants dépasse néanmoins largement le nombre d'habitants, ce pour la simple raison que de nombreux habitants pratiquent plusieurs religions simultanément au travers des rites qui leur sont associés et tout au long de leur vie, un individu seul peut donc être totalement représentatif de la diversité religieuse du pays. Là-bas une célèbre phrase dit : "Un Japonais nait Shinto, grandit Confucéen, se marie Chrétien, vieillit Athéiste et meurt Bouddhiste". Les différentes castes religieuses sont donc loin d'être aussi marquées et opposés qu'elles peuvent l'être en occident, ils est ainsi difficile de dénombrer le nombre exact de croyants lorsqu'on est conscient que les diverses religions pratiquées ont un bon nombre d'individus en commun et sont au coeur d'un mouvement spirituel en renouvellement constant.



La religion originelle : le Shintoïsme, ou la "voie des dieux"


C'est par cette expression évocatrice qu'on pourrait traduire le terme "shinto", apparu pour la première fois au VIème siècle pour nommer et différencier la religion originelle du bouddhisme qui se répandit très largement après avoir été importée par les immigrants de l'actuelle Corée à cette époque. Le shintoïsme originel est une religion polythéiste animiste exclusivement japonaise prônant le caractère sacrè de la nature et l'harmonie des hommes avec les forces qui régissent toute chose. Ces forces sont gouvernées par un nombre considérable d'esprits, appelés Kami, qui s'élèveraient à plusieurs millions (voir carrément une infinité) selon l'ouvrage mythologique le plus ancien traitant de ce sujet, le recueil historique du Kojiki, mis en lumière durant le 1er siècle (en 712 après J.C) pour valoriser le Shinto et encourager le nationalisme s'opposant au Bouddhisme.

Chaque élément de la nature est associé à un Kami particulier : arbres, rivières, vent, rochers, montagnes, cascades, phénomènes naturels comme tempêtes, foudre, raz de marée, tremblements de terre, etc. On associe aussi souvent des ancêtres défunts et des héros historiques au rang de Kami par le biais d'une sacralisation (grossièrement comparable à la cannonisation chrétienne et à ses saints) ainsi qu'aux divers lieux qui consituent le quotidien d'une ville (Kami tutélaires protecteurs d'une demeure, d'un quartier, d'une cité, d'un groupe social ou d'un clan particulier). Certains animaux , mythiques ou emblématiques de la faune, ont aussi acquis un caractère sacré et sont à leur tour considérés comme des Kami, ou des messagers/envoyés/avatars de ces derniers comme le loup, le tigre ou le serpent. Tous les Kami ont une fonction mais ne sont cependant pas perçus comme des divinités protectrices à l'influence positive, certains sont craints et porteurs d'afflictions mortelles comme les plus connus d'entre eux, les Oni et les Tengu (plus ou moins maladroitement comparés à la conception occidentale des démons), ces divinités mineures néfastes véhiculent aisément la croyance populaire en divers fantômes et revenants hantant certains lieux maudits.



L'un des plus craints de ces Kamis est sans doute le Kitsune, le renard à neuf queues. Selon la légende, lorsqu'un renard atteint un siècle de vie, il gagne une queue et sa puissance augmente en conséquence. C'est au bout d'un millénaire d'existence, lorsqu'il cumule finalement neufs queues, que le Kitsune devient le plus puissant et qu'il s'amuse à tourmenter les hommes grâce à ses pouvoirs de transformation. Cependant, la séparation entre le Bien et le Mal n'est jamais absolue, et même les Kami les plus néfastes sont parfois associés à des conséquences positives et inversement (la punition divine est aussi redoutée que peut l'être le maléfice d'un Kami néfaste), cette ambivalence caractérise la plupart des esprits Shinto. Les Kitsune sont ainsi parfois mis en relation avec Inari, divinité liée à la fertilité et aux cultures de riz, ils sont dès lors considérés comme bienfaisants et protecteurs des bonnes récoltes. C'est cette absence de séparation claire entre le bien et le mal qui inspirait chez les pratiquants du Shinto ancestral une crainte et un grand respect pour les Kami.



Selon la religion Shinto, les Kami qui peuplaient la terre à l'origine des temps furent engendrés par Izanagi et Izanami, les deux Kami qui créerent le Japon et dont la principale et plus importante descendante fut Amaterasu, déesse de la lumière et du Soleil suivie de son frère Susanô, dieux des tempêtes. Les deux esprits connurent un destin mouvementé conté dans les légendes et origine des trois symboles Shinto majeurs : le joyau Yasakani no Megatama, le miroir Yata no Kagami et le sabre Kusanagi no Tsurugi. Après cette période appelée "âge des dieux", les Kami furent contraints de s'exiler dans les cieux pour laisser la place aux hommes, ils reléguèrent leurs pouvoirs à leurs descendants mortels qui inaugureront les lignées d'empereurs de sang divin. Les Kami se divisèrent ainsi en deux grandes familles : les Amatsukami, divinités célestes peuplant les cieux, et les Kunitsukami, divinités terrestres restées sur Terre et veillant sur les hommes et la  nature (comme Okuninushi, gardien du Japon).

Les divinités les plus importantes comme Amaterasu ou les sept Kami de la chance (Daikokuten, Benten, Bishamonten, Ebisu, Fukurokuju, Hotei et Juroujin, symbolisant richesse, beauté, etc) sont des Kami célestes alors que les divinités tutélaires sont des Kamis terrestres. Le panthéon des Kamis s'est au fil du temps enrichi avec des divnités originaires de cultures variées, beaucoup d'entre elles bouddhistes mais certaines aussi issues des croyances chinoises. La naissance du shintoïsme remonterait peut-être à plusieurs millénaires avant J.C, lorsque la religion existait à son état le plus primitif à une époque où l'écriture même n'existait pas encore, pour finalement évoluer entre 300 avant J.C et 300 après J.C à l'état le plus proche du shintoïsme mythologique du Kojiki.




Lors de l'inserstion du Bouddhisme, Bouddha lui-même fut considéré comme un Kami puissant et l'unification qu'il engendra dévelloppa davantage l'influence du bouddhisme sur la culture japonaise. Le bouddhisme et le shintoïsme devinrent tout à tour des religions d'état au gré des différents empereurs du Japon (prônant tantôt les origines divines d'une lignée, tantôt l'unification face aux guerres embrasant le pays et la main mise sur le pouvoir), aujourd'hui les deux religions sont très étroitement liées et partagent encore à l'heure actuelle un grand nombre de rituels et de divinités qui sont entrées dans les moeurs populaires par l'intermédiaire des traditions, respectées à la lettre dans les campagnes où vivent les population âgées les plus conservatrices, et ce même si le Shinto n'est plus une religion d'état. Le mélange de ceux deux religions a donné naissance à plusieurs mouvements religieux appelés Shinshûkyô mêlant traditions shintoïstes et traditions religieuses occidentales, comme Konkokyô et Tenrikyô.

Les nombreuses cérémonies et festivals du calendrier Shinto sont couramment organisés et très populaires au travers du Japon, c'est ainsi qu'on voit naître des festivals fêtant les quartiers (les Matsuri), des festivals honnorant les âmes des morts (les Obon) qui se mêlent parfois aux rites bouddhistes. On s'adresse aux Kami pour demander santé, bien-être, longévité et réussite mais aussi pour assurer le bien de toute une communauté ou d'une famille.



Pratique : une religion fermement ancrée dans le quotidien


Le Shinto est une religion populaire comparable aux cultes anémistes des peuples d'Afrique de part sa mosaïque infinie d'esprits élevés au rang et divinités et le rapport profond qui est entretenu entre les croyances et les traditions anciennes et pratiques quotidiennes de la population japonaise. Lors de l'arrivée du bouddhisme, de forts mouvements d'opposition se créèrent au profit du Shinto et de la conservation des traditions : le gouvernement se servait du bouddhisme pour unir et dominer le pays tandis que le Shinto avait pour connotation de s'opposer à ce pouvoir dominant. Selon les tendances et origines des empereurs, l'une fut constamment élevée au rang de religion d'état au détriment de l'autre. Cette volonté de séparation entre les deux religions eut des concéquences directes sur leur application dans la vie courante : les lois interdirent le mélange des deux religions (lecture des textes bouddhistes interdite dans les temples Shinto, célébrations communes interdites, etc).



A la fin du XIXème siècle, cette séparation engendra quatre types de Shinto bien distincts :

_ Le Shinto Impérial, un culte autrefois public qui consistait principalement à adorer Amaterasu, aujourd'hui devenu exclusivement privé.
_ Le Shinto des Temples qui provoqua l'apparition de milliers de temples Shinto au travers du pays et qui mettait en valeur les rites qui y étaient pratiqués. Ces deux branches du Shinto consituent le Shinto d'état datant de la Seconde Guerre Mondiale et avaient pour but de renforcer l'identité japonaise et la fidélité envers l'empereur.
_ Le Shinto Sectaire regroupant des mouvements divers et regroupant des millions d'adeptes.
_ Le Shinto Populaire basé sur les rites à caractère "magique" du quotidien.


Le Shinto étant une religion fandamentalement populaire misant sur la valeur d'un homme et son rapport avec son environnement naturel et social, ces différents types de Shinto sont souvent entremêlés pour former les pratiques de chaque individu. Aujourd'hui encore, on retrouve le shinto au travers de tous les éléments de la vie d'un pratiquant : sport (le Sumo est entouré de rites intimement liés à la culture Shinto), représentations théâtrales contant des légendes épiques Shinto (théâtre Nô apparu au XVème siècle), célébrations diverses entourant des communautés spécifiques.



Cependant, il n'est pas nécéssaire d'adopter une croyance particulière pour s'adonner aux rites Shinto : au delà d'une religion à proprement parler, le Shinto est devenu l'expression d'un sentiment d'adhésion à une communauté et à une nation harmonieuse, les Kami n'existent aujourd'hui plus qu'à l'état de superstitions : seule reste la symbolique (on fait par exemple intervenir des prêtres pour chasser les mauvais esprits lors d'un déménagement, un rite purement symbolique qui n'a aucune portée rationnelle avouable). C'est cet effacement qui permet en outre aux Japonais d'adopter toute autre religion tout en effectuant quotidiennement, et parfois inconsciemment, des rites Shinto gravés dans leur quotidien (lors du Nouvel An, on se rend par exemple à un temple pour assurer le bon déroulement de l'année à venir ; plus quotidiennemnt on aime passer son dimanche en famille dans les jardins des temples en accomplissant des rites de purification ; les différents festivals  sont une manière d'inviter les ancêtres à fêter joyeusement avec les vivants en se réjouissant simplement de l'existence).





Le Bouddhisme intervient souvent en fin de vie car le Shintoisme ne promet aucun avenir réjouissant au delà de la mort, qui est simplement vécue comme une tragédie et non comme un renouvellement. C'est ce qui pousse les japonais à abandonner à ce moment là les grandes festivités Shinto pour se tourner vers les perspectives de renaissance plus clémentes apportées par le Bouddhisme. Au fil du temps, le Shinto s'est "débarrassé" de sa portée religieuse et surnaturelle, accueillant sans mal les nouvelles religions comme le christiannisme (apparu très tard au Japon) mais restant par dessus tout un lien solide unissant le peuple japonais à son territoire et ses traditions. Le shintoïsme, malgrès son aspect primitif en apparent désaccord avec la société japonaise, et ce dès l'époque de l'apparition du Bouddhisme au Japon, s'adapte pourtant sans mal au monde moderne et à ses mouvements : rapport avec la nature et écologie, besoin de renouveau engendré par la société de consommation, etc.

Tout comme l'écriture japonaise garde un aspect primitif complexe par rapport à l'alphabet latin plus simple et efficace, le Shintô est l'expression d'une identité culturelle que la majorité des japonais désirent conserver au travers de ses rites et de ses traditions.



Le Sanctuaire Shinto : un lieu de pureté et de festivités


De part son aspect anémiste primitif et son panthéon diffus, le Shintoïsme n'a pas de dogme, pas de morale précise à suivre ni de texte de la révélation comme la Blible et le Coran, c'est pour cette raison qu'on le considère difficilement comme une religion à part entière, plutôt comme une démarche spirituelle qui prône la pureté et l'harmonie avec la nature. L'impureté, la mort, le mensonge, la tromperie et les péchés les plus graves sont la marque du Mal et défient l'harmonie maintenue pas les Kami. Le Shinto a pour objectif la purification du pratiquant à chaque instant, l'honêteté, la paix intérieure et l'harmonie avec le reste du monde.




On ne peut y parvenir par le biais d'une démarche intellectuelle, mais par le suivi de son intuition et l'écoute des courants divins qui animent la nature. Ce souci de la pureté se retrouve dans une tradition qui consiste à renouveller tous les vingt ans le bois du temple d'Amaterasu, dans la pénincule d'Ise. Des milliers de temples ont été construits au travers du Japon et permettent à la population de prier pour le bien commun auprès des Kami. Ces sanctuaires assurent la liason entre le monde terreste et le ciel, domaine des Kami, les fidèles doivent se purifier humblement lorsqu'ils y pénètrent et accomplir respectueusement les rites Shinto.


L'entrée des sanctuaires Shinto (ou jinja) est toujours caractérisée par la présence d'un torii, un portique surmonté de deux poutres horizontales (certains temples en possèdent des allées impressionnantes, on en trouve même à l'entrée de certains lieux publics en ville). Généralement peint en rouge ; on y attache une shimenawa, une corde de paille de riz nouée à laquelle sont parfois accrochés des gohei, guirlandes en papier pliées en zig-zag éloignant les mauvais esprits et signalant la présence d'un Kami. On plaçait traditionnellement des coqs sur les torii (littéralement "perchoir aux oiseaux") qui chantaient en l'honneur d'Amaterasu et étaient sacrifiés en son nom lorsque le Soleil se levait. Les torri sont précédés par deux statues imposantes de chiens léonins se faisant face, l'un gueule ouverte et l'autre gueule fermée, les koma, gardiens du sanctuaire. Les sanctuaires sont parfois composés de plusieurs bâtiment, mais les visiteur ne peuvent en aucun cas entrer dans le principal, le Honden, où siègent les Kami. On y trouve aussi l'oratoire, le Haiden, ainsi que dans certains cas les Masha, oratoires réservés à la prière individuelle.


Avant d'entrer dans l'oratoire, les fidèles doivent se prufier en se lavant la bouche et les mains avec des bassins et des louches qui sont à leur disposition. Ils sonnent ensuite une cloche pour signaler leur présence aux Kami et leurs font des offrandes pour les remercier de la vie qu'ils mènent et de leur chance. On y exécute de courtes prières altruistes qui s'achèvent en claquant deux fois des mains. Les sanctuaires sont administrés par les Kannushi (les prêtres Shinto) parfois assistés des Miko, de jeunes filles vêtues d'une tunique blanche et d'une jupe rouge. Leur rôle est de purifier le sanctuaires grâce à des coutumes traditionnelles et de faire des offrandes aux Kami dans un souci perpétuel de pureté et d'honnêteté (des barils de sake sont souvent entreposés devant les sanctuaires).




Lors des grands évènements et des vacances, les sanctuaires sont des lieux de pélerinages et permettent de grands regroupements et des fêtes où les fidèles brûlent des talismans de l'année passée (des amulettes de protection et des petites planches de prière porte-bonheur appelées Omamori qu'on fixe sur un arbre du sanctuaire en cas de mauvaise prédiction pour qu'un Kami conjure la prédiction), c'est aussi lors de ces évènements qu'ils s'en procurent de nouveaux pour les placer dans leurs autels domestiques, les Kamidana, qui sont aussi dédiés aux esprits et aux ancêtres ou membres défunts de la famille.



De la naissance au décès : un long accompagnement spirituel


De nombreuses cérémonies accompagnent l'individu de sa naissance jusqu'à sa mort : quatre mois avant la naissance, sa mère reçoit une ceinture blanche de la part de la famille dans le sanctuaire, puis à l'âge de sept jours on lui donne un prénom, les enfants sont présentés au sanctuaire de l'âge de trois ans à sept ans dans les années qui suivent. Les mariages sont aussi célébrés dans les sanctuaires Shinto, tout comme un grand nombre d'évènements de la vie personnelle et communautaire de l'individu.


Les Matsuri ont lieu à différentes dates de l'années, ce sont des fêtes essentiellement populaires, à l'origine elles avaient lieu en fonction des saisons et on y demandait une bonne récolte et la protections faces aux catastrophes, au fil du temps ces festivals se sont associés aux calendriers modernes (le premier grand festival est par exemple le Aoi Matsuri, qui a lieu le 29 Mai). On y trouve très souvent des chars appelés Mikoshi qui défilent d'un point à l'autre de la ville et permettent aux gens de s'amuser et de manger, on y organise aussi des concours et des spectacles en tous genres qui diffèrent parfois selon la ville (théâtre Nô, ballets, sculpture de glace, cerf-volants, feux d'artifice, etc) au travers de célébrations qui évoquent les fêtes foraines occidentales.


Les Matsuri sont là pour apporter l'amusement, le bonheur et encourager la pureté du coeur et de l'esprit. Même si le mariage à l'occidentale est en vogue au Japon, on y pratique encore le mariage Shinto. Les parents se rencontrent pour échanger des cadeaux avant le mariage, puis le jour venu le marié porte une tenue traditionnelle noire ou bleue composée d'un Hakama et du Haori, une tunique longue. La mariée porte un imposant Kimono blanc ou fleuri orné de longues manches qu'elle abandonnera lorsqu'elle sera mariée, dévoilant alors ses coudes. Elle est traditionnellement coiffée de la Tsuno Kakushi qui est preuve de sa résolution à être une bonne épouse. Les mariés effectuent leurs veux lors du Sansankudo en buvant chacun trois gorgées de sake froid dans trois tasses de laque puis les deux mariés déposent ensemble les écrits les résumant, le Tamagushi, sur l'autel. La mariée s'habille ensuite d'un second Kimono paré de couleurs et les festivités terminent la cérémonie.




Les rites bouddhistes viennent parfois compléter ces évènements, il est par exemple courant de trouver dans les habitations des autels bouddhistes parallèlement aux Kamidana, on préfèrera aussi parfois célébrer la mort par une cérémonie bouddhiste plutôt que par les cérémonies Shinto très sobres dans ce domaine. En effet, le Shinto ne réserve aucune vie après la mort et les défunts continuent à vivre en tant qu'esprits éthérés alors que dans la tradition bouddhiste, la mort est un renouvellement et le début d'une nouvelle vie pour le défunt. La perception bouddhiste de la mort n'entre donc pas en contradiction avec les thèmes majeurs du shintoïsme, les deux religions ont ainsi tendance à se compléter.

Le Shinto consiste aujourd'hui en une série de rites qui n'apportent parfois pas les réponses spirituelles voulues, ce qui explique l'adoption d'autres religions pour pallier à ce manque, le confucianisme chinois intervient aussi par exemple de part l'importance qu'il accorde à la philosophie et aux pensées humaines. On peut comparer le shintoïsme à un récipient dont le contenant serait une ou plusieurs autres religions apportées par les frontières extérieures, l'influence de pays proches comme la Chine et l'Inde ayant déjà affecté la religion au Japon depuis des siècles contrairement au christiannisme qui a du mal à s'y implanter, que ce soit à cause de ses notions contrastées ou de la différence de mentalité qui oppose le monde occidental et le monde asiatique en général.




Bien loin des préjugés occidentaux qui lui confèrent une simplicité presque barbare et une pratique dépassée, le Shintoïsme a su s'adapter avec son temps et se pratique encore couramment aujourd'hui au pays du Soleil levant, mais avant tout comme une pratique spirituelle et un guide de vie plus qu'une croyance soigneusement établie et entourée. Il se fait néanmoins de plus en plus discret dans les quartiers modernes des grandes capitales, là où le quotidien bousculé de la vie qutotidienne et l'attrait de la consommation et du profit rejoignent les tendances occidentales ou les appliquent à l'extrême.
      Certains rites et habitudes resteront cependant ancrées dans l'esprit des japonais encore longtemps, l'affluence remarquable lors des Matsuri en est la preuve, à l'instar de la curiosité qu'on leur voue. Alors qu'en occident la place de la religion se fait toujours plus moindre, le Shinto s'adapte et se fond en partie dans la vie moderne de la population en respectant ses sources même si au passage il y perdra des coutumes ancestrales singulières pourtant passiannantes. La plus grande partie de la population retiendra surtout les fêtes qui animent l'année au Japon comme nous retenons les festivités qui nous offrent le repos lors de nos trop rares jours feriés.


Comme toujours lorsqu'on aborde un sujet aussi large, j'ai été bref à propos de certains points (la légende d'Amaterasu par exemple, ou l'absence de dates historiques précises qui gênera les maniaques mais que je trouve vraiment pompeuses dans un article libre) et suis immanquablement passé à côté d'autres que les plus experts dans le domaine seront ravis de déceler (en espérant ne pas leur avoir exposé de trop grosses énormités), si des livres sont écrits sur le sujet c'est qu'on ne peut évidemment pas tout résumer en un article (c'est aussi valable pour la mythologie scandinave évoquée ailleurs). Je vous invite donc à vous renseigner sur le sujet pour en savoir plus et apaiser votre curiosité !

Le plus efficace étant de se jeter dans le bain, n'hésitez-pas à sortir des quartiers touristiques et fréquentés si vous faites un jour un voyage au Japon, intéressez-vous aux traditions anciennes du pays et posez des questions aux habitants très concilliants entre deux tours à Akihabara, vous en ressortirez avec quelques connaissances supplémentaires et des expériences plutôt intéréssantes (n'hésitez d'ailleurs pas à participer à un Matsuri si vous en avez l'occasion, d'où l'utilité de bien choisir les dates de son voyage !). Personnellement je trouve que Kyoto est une ville tout aussi agréable à visiter (et plus calme) que peut l'être Tokyo et la folie perpétuelle de sa modernité (qui est aussi des plus passionnantes à visiter pour un étranger comme moi cela dit). Bref, tout ça pour dire qu'il faut élargir les frontières pour bien profiter de son (ses) séjour(s) sous tous les aspects !



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